Actualisé le 15.02.2008
Carole Garrapit
Réalisatrice / Court métrage / France
Langues parlées : Français, Anglais
"POTLATCH" - Court métrage fiction
Ce n'est pas la première fois que Victor, 50 ans, part en voyage mais cette fois-ci, il ne
reviendra pas. Il a vendu sa maison perdue sur un causse du Lot, et a encore sur les bras
ses affaires. Que faire de tout ça ? Victor convie ses connaissances à une grande " fête
déballage ", mais pour ne pas avoir de comptes à rendre sur son départ, il tait son intention
de ne jamais revenir.
Pendant la fête, ses biens sont livrés en pâture en une cérémonie grotesque et profane :
d'abord mis aux enchères puis troqués, ils sont détournés de leur fonction initiale.
Victor s'en désintéresse car il doit se résoudre à faire ses adieux à ses amis les plus chers
: Gardarem, typé comme un grand chef, Hélène, sa trop récente maîtresse, Léa, la plus
jeune de la tribu... Et le sacré se joue là, dans ces derniers échanges pudiques entre Victor
et ses amis.
D'abord des études de philosophie en même temps que des petits boulots. Après les études, toujours des petits boulots. alors le choix de voyages, de longs et beaux voyages en Amérique latine. Puis successivement, cadreuse-monteuse pour la télévision et réalisatrice de documentaires : un voyage de deux semaines sur les autoroutes françaises (Carnets d'autoroute, 52 mn), des portraits d'artistes et d'artisans (Solo, 6X26 mn), et un temps d'arrêt sur un chantier d'insertion pour recueillir les témoignages d'autres " déroutés " (Au pied du mur, 54 mn). À nouveau un voyage, en Asie, puis un léger changement de cap vers l'écriture de fiction. Actuellement en atelier d'écriture d'un long-métrage à la Fémis et projectionniste pour un cinéma itinérant du Lot.
Quelque chose du sacrifice. J'aime les grands voyageurs, leur absence de motifs valables, leur embarras à dire ce qui les pousse à tout quitter comme ça. Victor en est un. Pour partir, il doit quitter ceux qu'il aime, il le sait. Loin là-bas, il ne se trouvera probablement pas, il le sait aussi. C'est à la fois sa raison d'être et sa damnation. Comme Cendrars, Victor pourrait dire: " à quoi bon voyager si ce n'est pour se dépouiller et se semer soi-même en route. ". Cela ressemble plus aux prémices d'un deuil à faire, des autres. de soi. Partir pour mourir. et renaître, on ne sait pas. Alors l'offrande de Victor, maladroite et empoisonnée, sépare les enjeux de la soirée. [..] Un petit air tribal. Le paysage minéral du causse, l'isolement de la maison en pierres, le feu de la Saint Jean et le soleil qui s'éternise en juin. tout cela doit participer au rituel. La maison de Victor est comme un huis clos aux portes ouvertes sur le jardin, sur le plateau calcaire en arrière plan. La nature appelle. La fantaisie champêtre veut être légère, comme une invitation. Les gens sont divers et variés : pas de classe d'âge ni sociale pré- dominante. La tribu de Victor n'obéit pas à ces critères de sélection. Les initiés arrivent des quatre coins du plateau : ils viennent avec ce qu'ils sont, un peu de pittoresque sans doute mais pas la panoplie du folklore. Une fable ethnologique. Envie de filmer " sur le vif ", avec des mouvements fluides et circulaires. des temps de recueillement, aussi autour de ce quelque chose en voie de disparition. Le voyage reste à faire.
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